Les jeunes sorciers


 les jeunes sorciers
 

 fait historique de 1607

   Rien de plus animé que les jeux auxquels se livraient une vingtaine d'enfants dans le joli village d'Inchy ; des cris de joie, des trépignements , des exclamations bruyantes , manifestaient le plaisir qu'ils éprouvaient d’être libres de se livrer a espièglerie naturelle a leur age , sans craindre la férule du magister . Tout a coup ces enfants si gais , si heureux , cessent leurs jeux, s'enfuient en criant avec terreur : Les voila!... 
  Deux autres enfants de sexe différent, gracieux , vermeils, âgés de 8 a 10 ans , descendaient lentement la colline qui aboutissait a la plaine que les autres venaient d'abandonner. --- Pourquoi donc se sauvent-ils toujours quant ils nous voient? dit la petite Françoise a son frère Jean. --- Je sais pas, tiote ; ils disent que nous sommes méchants , et pourtant ,nous ne leur fessons jamais de mal, au contraire, quand j'en vois tomber un , je cours le relever; je leur donne mes pommes , les oiseaux que je déniche ; ils les prennent et ils les jettent dans la boue pour me remercier. --- Il faut le dire a notre mère. --- BAH !! Ouiche , pour la faire encore pleurer , ils disent que nous sommes des sorciers. --- Qu'est ce que çà veut dire? --- Est ce que je sais! ... il parait que ça fait peur les sorciers, car tu vois bien que personne ne veut plus parler a notre pauvre père, qu'est la étendu sur son lit avec une jambe cassé; il a dit qu'il était tombé d'un arbre , mais c'est pas vrai, c’était pour pas donner du chagrin a mémère, moi je l'ai vu, il m'a défendu d'en parler. --- Quoi que t'a vu? Que c'est le vieux Miche qui a jeté une grosse pierre dans ses jambes, en criant : Tiens, vilain sorcier, c'est en attendant qu'on te brûle. --- AH! Mon dieu! Brûler notre père qu'est si bon, c'est pas possible ; est le que le bon dieu le voudrait? Tiens, Jean, disons nos prières pour que père se guérisse bien vite et que notre mère ne pleure plus. Les enfants , se jetant a genoux , les mains jointes, adressent au ciel des prières qui ne devraient pas être exaucées . 
  Jean Bucquet, Paysan d'inchy, avait été milicien; en revenant dans son village , après avoir servi honorablement pendant sept ans, il trouva son petit héritage morcelé pas ses voisins, qui chaque année avaient empiété sur le champs du soldat absent , de sorte que le champ avait réduit du tiers . 
  Bucquet, en partant pour son régiment, avait confié a un vieil oncle le soin de faire valoir ses terres et de louer sa maison ; l'oncle devenu paralytique, ne put veiller a la culture des terres ; et comme je l'ai dit, les voisins profitant de cette circonstance, s’était appropriés quelques toises de terrain dans tous les sens, avec l'intention de les garder. Bucquet s’aperçut de cette friponnerie, il réclama ce qu'on lui avait enlevé, les titres de sa propriété étaient précis . Apres beaucoup de difficultés, les bailliages rétablit Bucquet dans ses droits , les limites furent tracées de nouveau , et les voisins envahisseurs jurèrent une haine mortelle a celui qui avait démasqué leur mauvaise foi.
Peu après son retour, Bucquet épousa une jeune orpheline, jouissant d'une petite fortune; elle avait refusé plusieurs garçons du village, aussi ce mariage excita l'envie et redoubla la haine qu'on porter au milicien,.
Pendant les années de son service, Bucquet avait appris a lire , a écrire ; il possédait quelques livres d'agronomie, de géométrie, d'histoire qu'il étudiait pour son plaisir , et dans l'espoir de trouver des moyens d’améliorer sa culture; effectivement les essais qu'il tentait lui réussissaient : ses champs labourés avec soin, rapportaient plus que ceux de ses voisins, ses bestiaux , mieux nourris engraissaient a vue d’œil ; les arbres de son verger échenillés , tailles a propos, ployaient par l'abondance des fruits ; que de sujets d'envie! Pour y mettre le comble, une épizootie terrible , due en partie a la malpropreté des étables , fit périr les quatre cinquièmes des bestiaux du village, tandis que ceux de Bucquet, gras et luisants, ne se ressentirent d'aucun des symptômes de la maladie qui ruinait une partie des habitants d'inchy . cette fois toutes les voix s'unirent pour accuser Bucquet des malheurs qui accablaient la commune. --- C'est dans ses livres qu'il a appris a jeter des sorts; --- tout lui prospère, tandis que nous sommes ruinés ; c'est un sorcier. --- il faut le dénoncer a l'officialité . c'est dit --- et les insensés après avoir intéressé leur curé ; assez bénévole pour croire aux sorciers , allèrent munis d'une lettre de lui, a l’évêché d'Arras dénoncer Bucquet, sa femme et ses enfants, comme convaincus de sorcellerie . L’évêque Jean XII , dit Richardot évêque de cambrai au lieu de s’enquérir lui même des causes de cette ridicule accusation , délégua un prêtre fanatique pour la vérifier; elle fut dûment constatée par les villageois réunis , et d’après leur serment. Bucquet arraché de son lit, jeté sur une charrette avec sa femme innocente, furent amenés a ARRAS, ou le conseil souverain les jugea, les condamna d’après les aveux mensongés excités par la plus horrible torture, confisqua leur bien , oubliant les enfants qu'on avait pas compris dans le jugement.
  Aussitôt après l’exécution de Bucquet et sa femme on jeta dans la rue leurs malheureux enfants, les laissant sans asile , sans pain; les impitoyables villageois leur refusaient le moindre secours , sous prétexte qu'ils étaient sorciers comme leur père .  
Ils seraient mort la , sur la terre nue , sous la voûte du ciel, sans une femme qui avait servi Bucquet qui connaissait les vertus de cet homme et qui avait failli être lapidée pour avoir parlé de l'innocence de ce couple infortuné . Ce n’était qu'a la faveur de la nuit que la bonne femme introduisait les orphelins dans sa chaumière, les réchauffait,  les nourrissait, tremblant a chaque instant d’être découverte. La haine qui avait fait périr Bucquet s’étendait jusqu'aux orphelins qu'on aurait aussi voulu voir au milieu d'un bûcher embrasé, car les oracles du village avait decidé qu'ils étaient sorciers comme leurs parents, et que tous ceux qui les secourraient seraient maudits. ---Comment en douter, disaient les mégères , si le diable ne les nourrissait pas , ne serait il pas déjà mort de faim? Nous ne pouvons souffrir dans la commune des enfants qui , au premier jour, jetteront des sorts sur nous, comme leur père en a jeté sur nos pauvres bêtes . Il faut que nos hommes en parle au bailli, pour qu'il nous débarrasse de cette vermine. 
Ne sachant pas comment  agir envers les enfants impubères , les officiers de la baronnie d'inchy envoyèrent une requête au conseil souverain, qui répondit: " que les enfants en dessous de la puberté, encore que convaincus de tel crime, ne seraient a punir de mort, mais qu'ils assisteraient aux supplices de leur père et mère et seraient fustigés de verges. Qu'ils seraient détenu en prison dans une maison acquise aux frais et dépends du bailliage et qu'ils seraient catéchisés et punis s'ils s’obstinaient a nier leur crime .  Et qu'ils seraient nourris et entretenu au dépend de la communauté du village ." 
    Quinze jours étaient a peine écoulé depuis l'injuste supplice de leurs parents , Jean et Françoise reposaient sous un arbre qui leur servait d'asile pendant la journée, lorsqu'ils furent saisis et enfermés dans un souterrain , après avoir été fustigés , on leur laissa pour toute nourriture, un morceau de pain noir desséché et de l'eau infecte.
Chaque matin , les malheureux enfants, tirés momentanément de leur  obscure prison , étaient questionnés, sur leur refus de s'avouer sorciers, on les flagellait de nouveau. Ce supplice dura jusqu’à ce que dieu daignât appeler dans son sein ces innocentes victimes de la perversité humaine .

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